La collaboration entre le Centre de services scolaire Marie-Victorin (CSSMV) et l’UQAM ne date pas d’hier, mais jamais elle n’aura été aussi tangible. Dès septembre, une école primaire en partenariat universitaire verra le jour à Brossard, à l’intersection du boul. Du Quartier et de Châteauneuf. Un lieu où la recherche universitaire et la formation en enseignement bénéficieront du terrain, et vice-versa.

Le passage de la théorie à la pratique demeure un défi en éducation. La recherche a bien documenté que les premières années du métier – durant lesquelles le taux d’abandon est élevé – sont particulièrement éprouvantes. Ça s’appelle le «choc de la réalité».

«Entre ce que j’apprends et ce que je vis, il y a tout un écart», illustre Karine Labelle, l’une des porteuses du dossier. En approchant la théorie de la pratique et en faisant un lien dès la formation initiale, on veut qu’ils soient de mieux en mieux préparés à réalité du terrain. On veut réduire ce choc.»

Ce lien avec le terrain pour les étudiants existe déjà, avec les stages. Or, s’ils se déroulent en deux lieux et deux temps, cela représente un enjeu supplémentaire.

«On leur propose de vivre un cours théorique et l’après-midi même, aller voir comment ça se passe dans une classe, de voir ce qu’ils ont appris en matinée», relève Mme Labelle, comme exemple concret de la mise en application de ce partenariat.

Le CSS Marie-Victorin fera concrètement une place aux stagiaires, étudiants en formation initiale, de même qu’aux chercheurs et professeurs qui formeront les futurs enseignants et accompagneront l’équipe-école existante dans des projets de recherche ou de développement professionnel.

«La profession d’enseignant mérite d’être reconnu à la juste hauteur de l’expertise qu’elle demande, et ça en demande toute une pour enseigner!»

-Karine Labelle, l’une des porteuses du dossier

Faire émerger la recherche

L’équipe-école bénéficiera donc aussi de la création de cette nouvelle communauté d’apprentissage.

Des enseignants, de même que le personnel de soutien et professionnel pourront «faire émerger» des objets de recherche.

«C’est la grande particularité du projet, s’enthousiasme Karine Labelle. Normalement, quand les chercheurs font leur design de projet de recherche, ils s’inspirent de la littérature, mais rarement l’objet de recherche part du terrain. On souhaite que les praticiens, ceux qui travaillent avec les écoles puissent faire émerger des sujets de recherche. C’est assez nouveau comme approche.»

La réussite des élèves, les écarts de réussite ou encore la réussite des élèves issus de l’immigration sont autant d’enjeux qui pourraient être étudiés. «L’équipe-école devra faire l’analyse des besoins de ces élèves, pour que, vraiment, toute la recherche émane de ce qui se passe dans cette école.»

« Que des bénéfices »

En construction, l’établissement scolaire comprendra 24 classes de niveau primaire, 8 classes de maternelle et des classes spécialisées.

Ce chantier dans un secteur en plein en croissance – où le nombre d’élèves est en hausse – était déjà planifié avant que ne survienne ce projet de collaboration avec l’UQAM. Il s’agira donc d’une école de quartier, ce qui a nécessité un redécoupage du secteur.

Les parents du secteur délimité pour cette école seront informés de sa particularité. Mme Labelle prévoit certainement quelques interrogations, «légitimes», de la part des parents.

«Notre rôle : c’est d’avoir une conversation très ouverte et transparente sur ce que ça veut dire, ce que ça va signifier pour les élèves, relève-t-elle. En bout de ligne on pense qu’il n’y a que des bénéfices pour les élèves qui vont évoluer dans un environnement où le personnel sera accompagné pour leur réussite et leur bien-être.»

De plus, ce ne sont pas tous les projets de recherche qui concerneront les élèves.

Mme Labelle estime qu’il importe de bien expliquer les exigences et préalables entourant un projet de recherche. «Quand ça concerne l’humain, un projet doit être soumis à un comité d’éthique qui s’assure que les impacts sont minimes», donne-t-elle en exemple.

Les parents demeureront libres de donner ou non leur consentement.  

La future école ne pourra certes pas accueillir tous les étudiants de l’UQAM en enseignement. Mme Labelle voit ce projet comme une «vitrine», pour les autres écoles du CSSMV.

«Les stratégies mises en place pourront influencer nos pratiques générales dans nos écoles, dans nos collaborations avec l’ensemble des universités qui forment nos enseignants», signifie-t-elle.