Quand les trois ambulanciers qui lui ont sauvé la vie un mois plus tôt entrent dans sa cuisine, le Longueuillois Gaétan Lusignan ne peut empêcher ses larmes de couler. Il avait hâte de voir le visage de ceux qui l’ont réanimé à la suite d’un arrêt cardiorespiratoire.

«S’ils ne sont pas là, je ne suis pas en vie. Je leur dois tout. Je leur dois ma seconde vie», laisse-t-il tomber, la gorge nouée.

«Ça nous fait chaud au cœur. C’est le fun de vous voir en forme comme ça», lui répond l’ambulancière Maïa Lascelle, secondée par sa collègue Samantha Turcotte.

Le paramédic Jonathan Paquet admet aussi qu’il est rare qu’ils aient des nouvelles de leurs patients. «On n’a pas le diagnostic, on n’a pas de retour. Quand on a su que vous vouliez nous voir, on a dit oui!»

Un retour de pouls

La rencontre donne rapidement lieu au récit de cette nuit du 4 novembre, dont M. Lusignan ne garde aucun souvenir.

M. Lusignan était couché dans son lit lorsque sa conjointe remarque qu’il produit un drôle de bruit, un gros ronflement. Croyant qu’il fait un cauchemar, elle tente de le réveiller. Ça ne fonctionne pas.

Comprenant que quelque chose ne va pas, elle signale le 911. Avec la répartitrice d’Alerte Santé au bout du fil, elle continue de crier «Gaétan!» à son mari.

«Quand je parlais à la madame, je criais «Gaétan! Gaétan!» La madame disait : arrêtez de dire ça. J’ai dit non! Et après, je pense: vous entendez quoi? Elle a dit qu’elle entendait «Va-t’en!» relate Mme Lecompte. Je suis allée débarrer la porte en bas. J’ai ouvert la lumière et je suis revenue vite vers Gaétan. Je tentais de garder un lien avec lui, un contact.»

En quelques minutes, les policiers, qui agissent comme premiers répondants, débarquent sur les lieux, et débutent les manœuvres de réanimation. Les ambulanciers arrivent peu de temps après.

«On a un protocole à faire : on fait cinq analyses de votre cœur pour savoir si on donne un choc ou pas, décrit Maïa Lascelle à M. Lusignan, curieux d’en savoir plus. Entre les cinq analyses, il y a un deux minutes de massage cardiaque. Après la cinquième analyse, on commence l’évacuation… s’il y a encore quelque chose à faire, si je peux dire ça comme ça.»

«Dans votre cas, on a eu un petit retour de pouls qui n’a duré pas longtemps : une minute et vous êtes reparti. À notre cinquième analyse, on avait un rythme au moniteur, mais on n’avait pas de pouls perceptible. Mais vous aviez déjà une respiration qui était un peu plus spontanée», relate-t-elle.

«Tout le long, on donnait des chocs parce qu’il y avait une activité, poursuit Jonathan Paquet. Chaque fois, on avait une chance. On n’a pas donné de choc avant de partir, mais le rythme avait changé. C’est un rythme viable qu’on appelle. On soutient le massage pour donner une chance au cœur et on se rend jusqu’à l’hôpital.»

Est-ce qu’il y a comme un «tic-tac dans votre tête», qui vous dit que vous avez tant de temps pour agir?, demande Gaétan Lusignan.

Le procédé est tellement rodé, que le temps n’occupe pas tout l’esprit des ambulanciers. «Dans votre cas, c’est sûr qu’on avait un petit espoir. On était avec vous. On vous encourageait dans notre tête, partage Mme Lascelle. On espérait! Il y avait une petite pression de plus, on voyait que nos manœuvres pouvaient fonctionner.»

Dans le calme

En tout, l’intervention à la maison de la rue Dollard a duré une trentaine de minutes, auxquelles se sont ajoutées une dizaine de minutes pour se rendre à l’hôpital. Un délai standard dans un tel cas, selon les ambulanciers.

N’empêche que pour les proches, tout est perçu différemment. Mme Lecompte a contacté son fils, Danny Fortin, pour qu’il vienne la rejoindre à la maison.

Huguette Lecompte et Gaétan Lusignan, avec Jonathan Paquet, Maïa Lascelle et Samantha Turcotte. (Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

«Quand je suis arrivé, ils continuaient encore les manœuvres. J’en ai vu des gens se faire réanimer, mais je trouvais que c’était quelque chose. J’ai commencé à trouver le temps long, mais je me disais : le fait qu’ils n’abandonnent pas, c’est parce qu’il y a encore de l’espoir», raconte Danny Fortin.  

Si le stress était aussi à son comble pour Mme Lecompte – sa montre intelligente lui montrera que sa fréquence cardiaque a atteint 170 – , elle souligne néanmoins le calme qui prévalait.

«Ce que j’ai trouvé beau, pendant que je me promenais sur le balcon pour décompresser, c’est le silence avec lequel vous le faisiez. Il n’y avait rien qui était alarmant pour moi.»

M. Paquet retourne le compliment. «Vous avez été géniale, vous répondiez à toutes nos questions. C’est comme si vous saviez un peu ce qu’on faisait. Ça nous fait gagner du temps.»

«Nous aussi, on trouvait que c’était très calme, renchérit Maïa Lascelle. Même les policiers ont été super aidants. Tout le monde était en contrôle de la situation.»

Sa collègue Samantha Turcotte souligne le travail d’équipe essentiel lorsque l’adrénaline – plus que le stress – se met de la partie. «On connaît comment l’autre personne travaille. On n’a pas besoin de se parler. Tout le monde sait quoi faire. Dans ce cas-là, on est vraiment concentrés sur ce qu’on fait», relève-t-elle.

Pour le transport en ambulance, les ambulanciers ont employé un automasseur, appelé Lucas, qui donne un massage optimal et continu. «Ça permet au patient d’avoir des compressions thoraciques sur le long terme alors qu’avant, quand on faisait l’évacuation, on arrêtait les manœuvres. Ce n’était pas plus que 30 secondes, mais ça restait un 30 secondes où le patient ne recevait pas de manœuvre de réanimation. Ça apporte vraiment un plus. Le paramédic peut se concentrer sur la ventilation.»

Chanceux

Pendant tout ce temps, Gaétan Lusignan a-t-il vu l’«autre bord»?, ne peut s’empêcher de lui demander Jonathan Paquet.

«Tout le monde me le demande! On me demande : as-tu parlé à du monde ? J’aimerais dire que oui, mais non, rien.»

D’autant plus qu’au printemps, M. Lusignan et sa conjointe ont perdu leur fils. «2025, on repassera…» laisse-t-il tomber, alors que le frère de Mme Lecompte a reçu cette année le diagnostic de la maladie corps de Lewy.

Les bons mots de sa famille, tout comme les coups de main qu’il a reçus au cours du dernier mois, lui ont fait chaud au cœur.

«Chaque jour, je me lève, je suis encore là, je suis content. C’est sûr que parfois, je bougonne parce que ma santé ne revient pas aussi vite que je voudrais. Mais on se calme vite. Tu es là, mon homme. Tu es vraiment chanceux.»

À l’hôpital, M. Lusignan a été dans le coma durant 48 heures.

Il a appris que des artères de son cœur étaient bloquées. Trois stents lui ont été installés. Malgré tout, il récupère bien. Son hygiène de vie (pas d’alcool, ni cigarette, ni médicament) y a sans doute contribué. Il recevra sous peu des conseils d’un kinésiologue et d’un nutritionniste pour adapter son mode de vie à sa nouvelle réalité.

Gaétan Lusignan n’a que de bons mots sur sa prise en charge. «Tu entends parler que le système de santé, c’est épouvantable, mais c’est loin de la réalité! J’avais l’impression d’être traité par mes frères et mes sœurs, qui me traitaient aux petits oignons. Ils étaient heureux de voir comment je me rétablissais.»

Au passage, il souligne qu’il n’a toujours pas de médecin de famille.

«Vous allez monter sur la liste», lui assure Jonathan Paquet.