Une centaine d’intervenantes communautaires se sont réunies ce jeudi devant le bureau de la députée de Marie-Victorin Shirley Dorismond, chemin de Chambly, pour dénoncer la fermeture probable du CALACS Longueuil au printemps. L’organisme, qui offre des services psychosociaux aux femmes de 14 ans et plus victimes de violence sexuelle, affirme que son financement annuel de 98 000$ est insuffisant pour maintenir ses activités.

L’organisme estime avoir besoin d’au moins 450 000$ par année pour remplir adéquatement sa mission, soit plus de quatre fois son financement actuel. «À ce rythme, je me retrouverai seule en avril et nous ne pourrons plus aider les survivantes», déplore la coordonnatrice Sylvie Langlais.

Le CALACS dénonce par ailleurs les incohérences et le sous-financement chronique du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), soulignant l’absence de réponses claires sur le calcul des budgets régionaux. Auparavant, le financement d’un organisme comme le CALACS était basé sur la population desservie. Or le gouvernement de la CAQ a modifié les règles et base aujourd’hui ce financement sur l’ancienneté de l’organisme. Or, le CALACS Longueuil a été fondé en 2022.

Malgré les difficultés financières, le CALACS Longueuil est parvenu à prolonger d’un an le contrat de son intervenante dédiée aux femmes immigrantes, dont l’entente arrivait à échéance en mars 2025. «En puisant dans nos maigres réserves, nous avons réussi à la garder une année de plus», explique Mme Langlais.

L’intervenante en milieu scolaire, pour sa part, restera en poste jusqu’en mars 2027. «À chaque visite dans une école, où elle aborde notamment la question du consentement, des jeunes filles viennent la voir pour lui confier leurs problèmes», souligne la coordonnatrice.

Mme Langlais déplore aussi le silence des députés locaux, Shirley Dorismond (Marie-Victorin) et Lionel Carmant (Taillon).

«S’ils veulent qu’on mette la clé dans la porte, qu’ils nous le disent»

-Sylvie Langlais, coordonnatrice

Ironiquement, fait remarquer Mme Langlais, le bureau de la députée Dorismond est situé en face du cimetière Saint-Antoine-de-Padoue-de-Longueuil. Or une tradition populaire associe ce saint à la recherche d’objets perdus. «De notre côté, c’est notre cause qui semble perdue. Peut-être que Saint-Antoine-de-Padoue va nous aider à la retrouver!» plaisante la coordonnatrice.

Réactions politiques

Au bureau du député indépendant de Taillon, Lionel Carmant, on explique que le dossier n’est plus entre ses mains, mais relève désormais de la ministre responsable des Services sociaux, Sonia Bélanger. «Mais il y a toujours un bon canal de communication entre le député Carmant et le CALACS», précise l’attaché politique Carl Ducharme, qui mentionne également qu’une rencontre avec Mme Langlais est prévue lundi.

Lionel Carmant

Le député indépendant de Taillon Lionel Carmant. (Photo : Le Courrier du Sud – archives)

Du côté de la députée Dorismond, celle-ci rappelle les investissements réalisés par la CAQ dans le PSOC depuis 2018. «Quand nous sommes arrivés au pouvoir en 2018, il n’y avait que 27 millions de dollars dans ce programme. Aujourd’hui, on parle de plus d’un milliard!» clame-t-elle. Elle souligne que ces fonds sont redistribués aux différents CISSS et CIUSSS de la province, qui déterminent ensuite le financement des organismes sur leur territoire. «Le CISSS de la Montérégie-Centre a reçu 110 M$ qu’il doit redistribuer entre 484 organismes», précise-t-elle.

Refusant l’idée que le financement serait basé en partie sur l’ancienneté de l’organisme, comme l’affirme le CALACS Longueuil, elle reconnaît toutefois que ce critère «est un indice qui joue sur le montant accordé».

Soutenant qu’aucun organisme ne dépend uniquement du PSOC, la députée Dorismond invite le CALACS Longueuil à faire des représentations auprès du CISSS de la Montérégie-Centre et d’autres instances. «On les a aussi mis en contact avec le bureau du député fédéral afin qu’il puisse obtenir un numéro d’enregistrement de l’Agence du revenu du Canada (ARC) qui identifie un organisme de bienfaisance enregistré», ajoute Mme Dorismond. Ce numéro permet notamment d’émettre des reçus pour fins d’impôt.

Shirley Dorismond

La députée Shirley Dorismond. (Photo : Le Courrier du Sud – archives)

À ce sujet, la coordonnatrice du CALACS Longueuil souligne que l’ancien député fédéral Denis Trudel (Longueuil–Saint-Hubert) soutenait activement l’organisme, alors que son successeur, Natilien Joseph, se montre beaucoup plus réservé. «Nous n’avons jamais eu de nouvelles de lui. Il n’est jamais venu nous rencontrer», affirme-t-elle.

En conclusion, la députée Dorismond soutient qu’il s’agit de «poutine interne» et qu’elle «ne peut pas se mêler de ça».

Implanté sur les territoires de l’agglomération de Longueuil et de la MRC de Marguerite-D’Youville, le CALACS dessert une population de plus de 250 000 femmes et reçoit chaque année plus de 1300 appels de survivantes. Plus de 175 dossiers ont été ouverts annuellement. Il assure aussi le suivi des victimes ayant subi une trousse médicolégale à l’Hôpital Pierre-Boucher.