ESPACE. La prochaine mission à la station internationale de l’astronaute lambertois David Saint-Jacques en novembre 2018 permettra de réaliser de nombreuses expériences scientifiques du domaine médical. En travaillant à améliorer la santé et la sécurité des astronautes en orbite, ce sont aussi des avancées applicables au commun des mortels que vise l’Agence spatiale canadienne.

Ces expériences scientifiques de pointe du domaine de la santé, c’est en quelques sortes le «dada» de l’Agence spatiale canadienne. Lors de la mission Expedition 58/59, d’une durée de six mois, un ensemble d’expérimentations se pencheront sur les effets des vols en espace sur les os, le système cardiovasculaire et sur la psychologie des astronautes.

Le bioanalyseur – un nouvel instrument grâce auquel des échantillons de sang pourront être prélevés et directement analysés – est l’une des avancées qui intéressent particulièrement David Saint-Jacques.

«Comme médecin dans l’Arctique, je l’ai vécu, a-t-il relaté, en marge d’une conférence de presse à l’Agence spatiale canadienne, dans l’arr. de Saint-Hubert le 29 novembre. Devoir faire une prise de sang, la congeler, croiser les doigts et espérer que ça va se rendre dans un laboratoire, dans une université à Montréal. On reçoit le résultat après deux semaines, c’est souvent trop tard. Si on avait pu tout faire sur place… quel avantage incroyable pour les patients.»

Il compare d’ailleurs son expérience en régions éloignées à celle vécue en orbite, dans les deux cas étant dépendant de la technologie et devant de «débrouiller avec les moyens du bord».

L’expérience Immuno Profile permettra quant à elle de surveiller le système immunitaire des astronautes pendant toute la durée de la mission. «L’environnement spatial peut compromettre le système immunitaire de différentes manières: microgravité, exposition aux rayonnements, cycle sommeil perturbé; tout un cocktail de facteurs qui augmentent la vulnérabilité aux infections», mentionne M. Saint-Jacques.

Les résultats de ces observations contribueront à suivre et comprendre l’évolution de maladies.

Autres études

Pour une première fois, l’expérience Vascular Aging se penchera sur les effets de l’apesanteur, de la nutrition, de l’activité physique et du rayonnement sur le système cardio vasculaire, afin de maintenir l’équipage en bonne santé.

Dans l’espace, «le cerveau ne peut pas se servir des mêmes signaux pour cartographier son environnement et exécuter des tâches complexe: orienter, naviguer dans la station, ajoute l’astronaute. Avec l’expérience Wayfinding, les chercheurs vont littéralement observer notre cerveau en pleine activité au moyen d’imagerie médicale.»

Cibler les personnes prédisposées à la perte osseuse et établir des stratégies de traitement spécialisé, telle est la retombée concrète que pourrait avoir le TBone, expérience qui observera l’effet de la microgravité sur la qualité des os, alors qu’un astronaute perd plus de masse osseuse en un mois en orbite qu’un adulte en un an sur Terre.

Puis, une première étude psychosociale canadienne, At Home in Space, sera également effectuée, afin d’analyser la situation particulière que vivent les astronautes. «Malgré l’éloignement des proches, la solitude, l’environnent stressant et parfois hostile, les astronautes arrivent à se sentir chez eux. Comment les équipages de quatre coins du monde arrivent à vivre ensemble et développer une culture propre à cette colonie?», illustre-t-il.

Des scientifiques seront de cette mission et l’astronaute s’est dit fier, en tant que scientifique lui-même, de contribuer à leur travail. «Je serai vos mains et vos yeux», leur a-t-il adressé.

Dernier droit

David Saint-Jacques entame la deuxième moitié de son entraînement afin qu’il soit fin prêt pour monter à bord de la capsule Soyouz et rejoindre l’équipage international de la station, en novembre 2018.

Après une série d’entraînements et de tests davantage théoriques et académiques, notamment à Star City en Russie, il a entamé l’entraînement pratique, avec le commandant et l’équipage de la mission, dans un simulateur.

Il devra par ailleurs passer d’autres examens dans six mois. «Nous devons être prêts six mois à l’avance, afin d’être l’équipage de relève, si eux qui nous précèdent ont besoin de nous.»

Lors de la conférence, l’astronaute a répondu à quelques questions d’internautes qui suivaient la conférence sur les réseaux sociaux, notamment sur ce qu’il souhaiterait accomplir sur un plan plus personnel lors de la mission.

«On n’a pas beaucoup de temps libre à bord, mais avec le peu de temps libre qu’ils ont, les astronautes aiment regarder par la fenêtre. De l’espace, on a une perspective incroyable sur notre planète. Mon projet le plus personnel sur cette mission est d’acquérir cette perspective et de la faire partager au plus grand nombre de Canadiens possible.»