Dans Foie gras, son troisième one-woman-show, Mariana Mazza se livre comme jamais. Entre anecdotes sur sa nouvelle vie à Saint-Lambert, confidences sur sa santé et réflexions sur sa relation avec son ex-amoureux, l’humoriste Alexandre Barrette, Mariana s’exprime avec sa tête et son cœur… pour faire changement!
Elle pousse encore plus loin l’art de se raconter, elle est émotive et vulnérable, sans jamais perdre de vue l’essentiel: faire rire. Le chihuahua sur le Red Bull est officiellement remplacé par le tank au cœur de porcelaine.
«Mon principal défi, c’était de rester drôle malgré des sujets plus intimes, sans tomber dans quelque chose de trop sérieux ou de thérapeutique. Je voulais rester le plus comique possible», confie-t-elle dans une entrevue accordée à Gravité Média.
Si son écriture n’a pas fondamentalement changé, Mariana Mazza admet toutefois s’être accordé davantage de temps pour réfléchir et approfondir certains angles. «Ce n’est pas que je cherchais des blagues, mais plutôt des émotions ou des angles plus profonds à explorer», précise-t-elle. Le résultat: un spectacle dense, rythmé, où les anecdotes s’enchaînent sans temps mort.
Embourgeoisement
Le titre Foie gras agit d’ailleurs comme un fil conducteur. «Il y a un lien entre le fait de changer de classe sociale et un diagnostic de santé», résume l’humoriste. Transformer un sujet aussi sérieux qu’un problème de santé (elle est atteinte de la stéatose hépatique) en matière humoristique n’a toutefois été possible qu’avec du recul. «Sur le coup, ce n’était pas drôle. Mais aujourd’hui, je vais bien, alors j’ai pu trouver l’humour là-dedans, avec honnêteté.»
Installée à Saint-Lambert depuis cinq ans, Mariana Mazza s’amuse abondamment du contraste entre son passé à Saint-Léonard et Hochelaga-Maisonneuve et sa nouvelle vie sur la Rive-Sud, dans cette petite banlieue cossue à la réputation d’être très chialeuse. Un choix qu’elle assume pleinement.
Avec son humour, elle se moque de ses nouvelles habitudes et fait éclater de rire le public en racontant, entre autres, comment les aboiements de ses deux petits caniches ont, des jours plus tard, entraîné la visite inusitée d’un policier en plein jour, venu lui remettre un avertissement. Elle s’amuse alors du contraste entre la formation rigoureuse des policiers et certaines de leurs interventions quotidiennes. Deux ans à Nicolet pour apprendre le métier et à tirer, pour finalement se retrouver à gérer des plaintes de chiens à Saint-Lambert, une ville où, plaisante-elle, voir une voiture de police signifie souvent qu’elle est simplement en route vers Longueuil.
Mais pourquoi donc avoir choisi Saint-Lambert pour y faire son nid? Elle évoque la qualité de vie, le calme, l’homogénéité du milieu, la proximité des commerces et la facilité d’accès aux ponts comme autant de raisons qui l’ont convaincue. «C’est une ville centrale, près du centre-ville, mais dans le calme. C’est ça que je cherchais.»
Si elle se moque volontiers des règlements municipaux et de certaines manies locales, l’humoriste reconnaît que cette rigueur fait aussi partie de l’équilibre recherché. «Les gens vivent ici pour les mêmes raisons : le calme, l’ordre, la tranquillité. Il n’y a pas de surprise.»
Son ex
Sur scène, Mariana Mazza parle aussi sans détour de sa vie intime. Une démarche qu’elle ne trouve pas difficile, mais qui exige une chose essentielle: l’assumer pleinement. «Il faut faire confiance que ce qu’on dit va être compris comme on voulait que ce soit compris.»
Rigueur
D’une durée d’environ deux heures, Foie gras repose sur une discipline de fer. L’humoriste insiste sur l’importance du rythme, de la concentration et du souffle nécessaire pour livrer un tel spectacle soir après soir. Écrit sur près d’un an et rodé intensivement dans les bars, le spectacle a beaucoup évolué: numéros coupés, angles modifiés, thèmes resserrés. «C’est ça, le rodage. Mais j’ai gardé plus de choses que j’en ai enlevées.»
Avec Foie gras, Mariana Mazza livre un spectacle solide, maîtrisé et généreux, où l’autodérision côtoie la lucidité.
Au fil de la discussion, Mariana Mazza pose aussi un regard lucide sur son parcours et sur l’évolution de son humour depuis Femme ta gueule et Impolie. Elle reconnaît aujourd’hui avoir longtemps misé sur la provocation comme moteur principal de son comique.
«Le premier spectacle, c’était une présentation. Le deuxième, une continuité où je poussais plus loin la vulgarité, et c’était totalement assumé», explique-t-elle. Avec Foie gras, elle sent toutefois s’être «déposée». L’humoriste assume davantage les émotions, les moments de réflexion et surtout le silence.
Parallèlement à la tournée, Mariana Mazza multiplie les projets. Une deuxième saison du magazine littéraire Livre ouvert, sur les ondes de Radio-Canada, l’écriture d’un nouveau livre et la peinture. Malgré cette effervescence créative, sa priorité demeure Foie gras.
Quant à la suite, l’humoriste prévoit encore une longue vie à ce spectacle, avec possiblement deux années de tournée et entre 200 et 250 représentations au total, à raison d’environ trois spectacles par semaine.
Foie gras sur la Rive-Sud les 30 et 31 janvier à Valleyfield, les 20 février et 16 mai à Brossard, et le 10 septembre à Longueuil.

