Chaque mois, le personnel de la résidence Les Écluses de Saint-Lambert célèbre ses fêtés. Mais le 18 mai, c’est de manière un peu plus spéciale, accompagnés d’un accordéon et d’un piano, qu’ils ont souligné les 106 ans de Dorothy Grout.
Même si elle est dure d’oreille et se déplace au ralenti, la centenaire anglophone est difficilement fatigable et a généreusement discuté avec Le Courrier du Sud, après un long après-midi de festivités.
À la première question, «Comment allez-vous?», elle s’empresse de lancer, ricaneuse: «Eh bien, je survis!»
Mais Mme Grout ne fait pas que survivre: elle est toujours très alerte. Du calcul mental aux finances personnelles, rien ne lui échappe.
Jusqu’à tout récemment, la femme originaire de Toronto s’occupait elle-même de payer ses factures et de remplir ses rapports d’impôts. Mais maintenant, ses journées sont plus tranquilles.
«Je ne fais pas grand-chose; je lis le journal et je prends soin de mes affaires. Tout ce que je fais est lent, désormais. Mon fils prend tranquillement la relève.»
«J’en ai connu des centenaires, mais des comme elle, jamais!» – Chantale Massicotte, directrice générale des Écluses
Les belles années
Selon Dorothy Grout, ses plus beaux souvenirs remontent à l’époque où elle était adolescente.
«Ce devait être autour de quand j’ai commencé à jouer au tennis. J’avais 13 ans. C’était l’amour de ma vie. J’étais très heureuse à ce moment», se remémore la résidente du huitième étage des Écluses.
La plus grande fierté de sa vie demeure ses fils jumeaux. «Ils sont très gentils et je ressens beaucoup d’amour entre eux», laisse-t-elle savoir.
Mme Grout a quatre petits-enfants et trois arrière-petits enfants.
Faire du bruit
Peu de gens ayant vécu les deux guerres mondiales sont toujours de ce monde. Ce qu’il lui reste de ces souvenirs? Dorothy Grout prend un moment de réflexion avant de s’avancer.
«Je me souviens de l’armistice [11 novembre 1918], alors que j’avais 6 ans. Je vivais à Montréal. Mes parents m’ont appelée pour que je vienne à la porte de la maison. Ils m’ont dit de sortir dans la rue et de faire le plus de bruit possible. Je ne le savais pas à ce moment, mais c’était la fin de la guerre», raconte Mme Grout.
Lors de la Grande Dépression, elle travaillait comme secrétaire à la Banque de Montréal, pour un salaire annuel de 600$. Cette dernière a également fabriqué des vêtements pour les soldats à l’étranger durant la Seconde Guerre mondiale.

Passionnée de golf
Son gâteau de fête, aux couleurs vertes d’un parcours de golf, affichait l’impressionnant chiffre 106.
«106, c’était mon score!» aurait-elle confié à une employée de la résidence. En plus d’être la passion de ses jeunes années, avec le tennis, le golf est demeuré longtemps dans la vie de Mme Grout. Quelques années après le décès de son mari, en 1972, elle s’est rendue en Floride en voiture pour jouer au golf avec des amis. Une tradition qu’elle a conservée durant 18 hivers.
Raté le virage techno
En 106 ans, mille et une choses ont changé. Au-delà des relations sociales, la technologie est probablement l’élément du quotidien qui a le plus évolué, selon Dorothy Grout, et ce, de manière exponentielle.
«Tout le monde se tournait vers le numérique alors que je me préparais à emménager à la résidence. Si je n’avais pas été en train de déménager, j’aurais sûrement plongé dedans, avoue-t-elle. Je me serais acheté un ordinateur. Mais j’ai vraiment raté le début.»
Si quelqu’un croit que de s’acheter un ordinateur à 93 ans est farfelu, ravalez vos paroles; Dorothy Grout a conduit sa voiture jusqu’à cet âge, entre autres dans les rues de Saint-Lambert, ville qu’elle habite depuis ses 32 ans.
Son secret?
Question commune à laquelle les personnes d’âge avancé ne peuvent échapper: quel est le secret de sa longévité? Et non, pour Mme Grout, il ne s’agit pas d’un petit verre de brandy tous les jours!
«Je ne sais pas. Je ne sais jamais quoi répondre à cette question. Ne mourez juste pas et continuez à vivre! Il ne faut pas voir la fin.»
Plusieurs centenaires dans l’agglomération
Longueuil ne tient pas de registre des centenaires. Il est donc difficile de confirmer si Dorothy Grout est la plus âgée de l’agglomération.
Selon le dernier relevé de Statistiques Canada, datant de 2016, il y avait 45 personnes âgées de 100 ans et plus à Longueuil, toutes des femmes.
