ENTREPRISE. Le rêve d’ouvrir un restaurant familial sur l’avenue Victoria, à Saint-Lambert, s’avère parsemé d’embuches pour Thierry Daigneault et sa conjointe. Après avoir repéré certains locaux potentiels sur l’artère commerciale, voilà que les propriétaires indiquent au couple que la municipalité exige environ 40 000$ pour convertir le local en restaurant, afin de respecter la règle sur le stationnement.
Un règlement municipal qui date d’une vingtaine d’années exige en effet que lorsqu’un local change de vocation ou agrandit sa superficie dans la zone commerciale, les propriétaires doivent défrayer les coûts pour les places de stationnement que les éventuels clients utiliseraient.
Comme l’explique la directrice des communications de Saint-Lambert, Catherine Langevin, pour un commerce de vente au détail, il doit y avoir une case par 35 m<+>2<+> de superficie, alors que pour un restaurant, chaque portion de 10 m<+>2<+> exige une case. Cette mesure s’explique par le fait qu’une plus grande quantité de clients se retrouvent en même temps dans l’espace d’un restaurant que dans celui d’un commerce.
Les premières places manquantes coûtent 3500$ l’unité et les suivantes, 5000$. Ces compensations permettent à la ville d’aménager et d’entretenir des stationnements publics.
À titre d’exemple, la Pizzéria No 900 s’est établie dans un local laissé vacant par un restaurant et a ajouté une section dans le local adjacent qui avait une autre vocation. La chef du service de l’urbanisme Julie Larose explique que le restaurateur a dû payer pour les cases en lien avec l’agrandissement, mais non pour la section qui était déjà un restaurant.
Même chose pour la pharmacie Proxim, qui a agrandi sa superficie et qui a dû payer une somme avoisinant 35 000$ pour les espaces de stationnement manquants.
Règle incompréhensible
Alors que plusieurs commerçants et résidents se plaignent du manque de vigueur du centre-ville lambertois, le règlement municipal semble restreindre la venue de nouveauté.
Thierry Daigneault ne peut concevoir de verser le quart du budget de son projet, soit 40 000$, pour des places de stationnement.
«Ce montant est bien trop élevé!, déplore M. Daigneault. Il va sans dire que si nous pouvions diviser le montant par 10, je me présenterais à l’hôtel de ville demain matin avec un chèque en main, même si je trouve l’utilité d’un tel règlement hautement discutable.»
«Cette règlementation a été mise en place pour assurer une saine gestion du centre-ville et un mix commercial répondant aux besoins de la clientèle, indique de son côté la directrice des communications de la Ville. L’application de cette règlementation se fait généralement bien et produit les résultats escomptés.»
Saint-Lambert n’est par ailleurs pas la seule Ville à exiger une compensation financière pour le stationnement, fait remarquer la directrice des communications. En effet, certains arrondissements de Montréal exigent des frais similaires lors de la création ou de l’agrandissement de commerce sur son territoire, ce qui n’est pas le cas à Longueuil ou à Brossard.
Étude en cours
La chef du service de l’urbanisme Julie Larose confirme qu’une étude est en cours afin de cerner l’offre et la demande en matière de stationnement et comparer aussi les pratiques dans les autres villes.
«Nous nous donnons l’été pour conclure l’étude. La mise en place de l’étude vient de la réaction de citoyens déçus de cette règle et qui demandent qu’elle soit révisée. Pour certains futurs commerçants, la somme à investir peut faire peur.»
À la suite de cette étude, la Ville décidera de revoir ou non le règlement.
Catherine Langevin concède elle aussi qu’il peut arriver qu’une personne souhaitant transformer un commerce en restaurant trouve le prix trop élevé pour le faire.
«C’est d’ailleurs ce qui explique que la Ville entend réévaluer cette disposition. Lorsque cette situation survient, la Ville, en collaboration avec la Corporation de développement économique (CDE), veille à épauler cette personne dans le meilleur choix possible pour son entreprise, qui peut être, entre autres, de lui suggérer d’autres locaux à louer ayant déjà l’usage souhaité.»
Appel à l’aide aux élus
En interpellant les conseillers et le maire, Thierry Daigneault a senti une certaine ouverture à la discussion, mais le changement de règlementation demande temps et patience, ce dont le couple qui souhaitait ouvrir son commerce avant la venue de Saint-Lambert en fête [25 au 28 août] ne dispose pas.
«Cet espoir semble de plus en plus improbable. Pour nous, le timing est primordial, écrit M. Daigneault dans un courriel adressé aux élus lambertois. Que pouvez-vous faire pour nous aider rapidement et concrètement? Pour nous aider à ouvrir un restaurant qui saurait attirer jeunes et moins jeunes? Pour aider n’importe quel commerçant qui croit en cette ville et qui veut l’aider à reprendre vie?»
Le couple est à ce point déçu de la règlementation qu’il songe même à ouvrir son commerce sur une autre rue, voire dans une autre ville.
