Guillaume Belzile, derrière l’entreprise OnShip, a été particulièrement étonné que la SAQ se tourne vers Uber Eats pour tenter un projet pilote de livraison à domicile d’environ 150 produits. À ses yeux, des joueurs québécois comme lui sont tout à fait en mesure de répondre à cette demande. Il est d’avis que le recours à une entreprise d’ici serait plus cohérent avec ce qui est attendu d’une société d’État.

«J’ai été surpris d’apprendre ça, considérant tout le discours gouvernemental depuis le retour de Trump sur l’importance de renforcer l’économie québécoise, soutient le Longueuillois. Il y a quelque chose de contradictoire.»

«Je comprends que la SAQ a une soif de faire plus de ventes et qu’elle a vu Uber Eats comme un canal supplémentaire, ajoute-t-il. Avec Uber Eats, l’argent des Québécois ira aux États-Unis.»

Il assure qu’une entreprise comme OnShip qui, depuis sa création en pleine pandémie, a connu une expansion et couvre le vaste grand Montréal, pourrait très bien répondre à une telle demande de la SAQ.

«Nous gérons des volumes récurrents, des contraintes opérationnelles complexes et des exigences élevées de fiabilité», indique-t-il d’ailleurs dans une lettre ouverte.

Livraison d’alcool

Si la livraison d’alcool implique des obligations telles que la vérification d’âge, la traçabilité et la conformité réglementaire, OnShip, comme d’autres joueurs, sont déjà habitués à répondre à de telles exigences.

L’entreprise qu’a lancé Guillaume Belzile avec son frère Charles effectue notamment le transport de produits médicaux et pharmaceutiques, qui sont fortement contrôlés.

«Dire qu’il n’existe pas de solution québécoise relève davantage d’un choix que d’une contrainte», croit M. Belzile, selon qui les entreprises locales sont également aptes à offrir un prix compétitif.

Selon lui, les orientations stratégiques d’un monopole comme la SAQ doivent chercher à maximiser les retombées économiques, sociales et technologiques au Québec.

En entrevue, Guillaume Belzile donne l’exemple d’une autre société d’État, la Société québécoise du cannabis (SQDC), qui compte son propre site transactionnel et qui offre la livraison.  À ses yeux, la SAQ pourrait s’en inspirer.

À ces questions s’ajoute aussi un enjeu de souveraineté numérique, avance-t-il. Car la livraison génère des données telles que les habitudes de consommation, la fréquence d’achat, la géolocalisation. «En confiant cette relation à une multinationale étrangère, la SAQ contribue à enrichir des bases de données et des algorithmes qui ne lui appartiennent pas», souligne M. Belzile.

Pas un jugement de valeur

Dès la fin février, les Montréalais pourront se faire livrer à domicile une bouteille de vin, de champagne ou de spiritueux, grâce à un partenariat entre la société d’État et Uber Eats.

Sur son site Web, la SAQ explique que le choix s’est arrêté sur cette plateforme, au terme d’un appel de qualification, d’un processus de préqualification rigoureux et de l’examen de plusieurs candidatures.

La capacité technologique, la portée des comptes actifs, l’intégration de solutions éprouvées et la conformité aux exigences légales, opérationnelles et de vente responsable de la SAQ ont été comparées.

En tant que leader du marché, Uber Eats nous permet de rejoindre rapidement un important bassin de clientèle en lui donnant accès à une offre de produits qui se veut complémentaire à la vaste offre alimentaire déjà présente sur sa plateforme», indique-t-elle.

«Ce choix de partenaire n’est pas un jugement de valeur sur les entreprises québécoises ni sur la qualité des solutions qu’elles proposent. Il découle uniquement des critères spécifiques établis pour ce projet pilote», poursuit-il.

Selon la SAQ, les entreprises locales qui ont été considérées ne disposent pas des capacités logistiques et des plateformes technologiques spécialisées en livraison alimentaire nécessaires. 

OnShip

OnShip a connu une importante expansion depuis ses début modestes en 2020. L’entreprise longueuilloise, qui a ouvert un autre bureau à Saint-Lambert en 2023, couvre tout le grand Montréal.

«Notre chiffre d’affaires, ce sont des entreprises qui nous commandent des livreurs», résume Guillaume Belzile, à propos du modèle de OnShip.

Les commerces desservis sont variés, de la boutique de chaussures Globo à des fleuristes, des pharmacies, des épiceries et même des hôpitaux vétérinaires.