Ça fait 40 ans que je travaille professionnellement en humour. Le petit préambule qui suit vous démontrera que je parle avec connaissance.
J’ai connu la fin de l’époque dite «des cabarets». Jeune humoriste-imitateur de 18 ans, les choix étaient minces: les clubs, point. L’industrie de l’humour avec des galas et de nombreux bars et discos présentant des lundis jusqu’aux vendredis de l’humour n’existait pas. Moi, c’était deux ou trois sets de 30-40 minutes par soir. Mes textes et blagues, je devais les écrire.
J’ai partagé et fait le même circuit des clubs que La Poune, Blanchard, Pérusse et joué avec Latulippe et compagnie. En 1987 – début de l’industrie de l’humour ‒, j’ai fait la finale des Lundi Juste pour Rire pour la grande région de Montréal. Jean-Marc Parent l’avait emporté avec son numéro Le handicapé. Vingt ans plus tard, je remportais l’Olivier d’auteur de l’année pour Urgence de vivre avec Jean-Marc.
Je suis l’un des rares en humour à avoir traversé les deux époques qui, du point de vue de faire le métier, ont bien changé.
Par contre, à la lumière des histoires comme celles de Salvail, Rozon et compagnie qui sont sorties la semaine dernière, il semble y avoir autant de «tordus de la bite» qu’autrefois.
Il y a 40 ans, quand un jeune (comme moi) voulait se faire voir dans une émission télé au Canal 10 où à Radio-Canada, ou pour un article dans un journal à potins, ou bien faire un 45 tours, c’était fréquent qu’on lui demandait des faveurs sexuelles et croyez-moi, ceux qui les demandaient les obtenaient souvent. Ce n’est pas tout le monde qui avait la chance d’avoir un solide pushing parental dans le milieu.
Il y en avait en masse, des harceleurs et agresseurs qui dictaient l’ordre de choses avec leur «bite» et cela m’afflige beaucoup de constater qu’aujourd’hui encore…
Depuis 20 ans, je travaille exclusivement comme auteur humoristique. Mon travail se fait 90% à la maison, donc, on me raconte beaucoup moins de potins du milieu mais, j’en entends encore mon lot lors des meetings de production.
J’aurais tellement aimé que des structures d’aide à la dénonciation existent il y a à peine vingt ans dans mon milieu… Mais hélas, pour ces «tordus de la bite», le silence leur était assuré, avec bien sûr la complicité de collègues. Ta parole valait quoi, seule, contre des gens influents et qui se connaissent bien? N’est-ce pas ce qu’on entend encore dire aujourd’hui de ces filles victimes d’abus et de viols qui préféraient se taire et qui, aujourd’hui, avec la force du nombre, peuvent enfin parler, se délivrer?
Je vais le dire de façon crue: s’il fallait que tu endures des abus pour obtenir quelque chose, tu devenais minable à leurs yeux et ils se transféraient l’information À l’époque, le réseau des tordus du sexe dans ce petit milieu existait sans internet; le téléphone et les rencontres suffisaient.
Bravo aux victimes qui parlent et dénoncent aujourd’hui. Merci mille fois au nom de ceux et celles qui, avant vous, n’étaient pas appuyés par une structure pour dénoncer.
Je suis d’une profonde émotivité que l’abcès qui était d’une purulence extrême pète enfin en pleine face des abuseurs d’aujourd’hui. Moi, je disais non aux demandes, je n’avais pas d’enfant à nourrir ni d’hypothèque à payer et avec la shape et le regard que j’avais, on n’insistait pas… Mais de la télé, je n’en faisais pas souvent.
Il doit y en avoir des abuseurs qui tremblent présentement et c’est tant mieux.
