De nombreux trajets d’autobus du Réseau de transport de Longueuil (RTL) ont été annulés dans les dernières semaines, résultat de «circonstances exceptionnelles», explique la société de transport. Les chauffeurs sont dépassés par la situation, étant régulièrement la cible d’abus verbal d’une clientèle outrée de ces annulations.

Deux chauffeurs ont accepté de parler au Courrier du Sud sous l’anonymat à propos de leur quotidien.

«Cet été, c’est la totale. Ça fait trois fins de semaine de suite que certains trajets sont annulés pour plusieurs heures. Les gens sont en colère, quand on les embarque, ils nous insultent. On est écœuré de se faire crier après!» dénonce l’employé du RTL.

«Il y avait une gigantesque file d’attente lorsque je suis arrivé à un arrêt un jour où il faisait très chaud et tout le monde s’en est pris à moi», raconte l’autre chauffeur.

Ce dernier ajoute avoir fait beaucoup d’heures supplémentaires récemment dans un climat tendu et déplore que les usagers ne soient pas suffisamment avisés de la situation.

«Je trouve ça vraiment fâchant. Il y a des gens qui dépendent du transport en commun ou qui choisissent de l’utiliser au lieu de prendre leur voiture», renchérit-il.

«C’est difficile à digérer parce qu’on choisit de prendre le transport en commun et qu’on paie cher.»

– Camille Madore

Camille Madore est l’une de ces personnes. Cette usagère évoque un manque de transparence quant aux annulations fréquentes.

«Je prends le transport en commun depuis toujours et je n’ai jamais vu autant de trajets annulés, explique-t-elle. Ça devient vraiment difficile de planifier nos déplacements. On reçoit maintenant des alertes des trajets annulés sur l’application Chrono, mais on ne sait jamais pourquoi.»

«Circonstances exceptionnelles»

Au RTL, on admet que les annulations sont plus fréquentes qu’à l’habitude sur le réseau régulier. De plus, le service est suspendu temporairement sur les lignes 201, 214, 228 et 781, soit trois des six autobus électriques ainsi que la navette fluviale de Boucherville.

Le réseau de transport s’excuse d’ailleurs pour les désagréments, dus à des circonstances exceptionnelles, indique-t-il.

«On est dans une espèce d’alignement de planètes, où il y a la période de vacances, les absences liées à la nouvelle vague de COVID, les postes coupés de 2020 qui n’ont pas été pourvus et la reprise imprévisible de l’achalandage d’une journée à l’autre. Tout ça fait en sorte que les annulations sont plus fréquentes qu’à l’habitude», explique Marie-Claude Rivet, chargée des relations de presse au sein du RTL.

Elle précise que pour limiter les effets négatifs, les trajets annulés ont été ciblés sur des circuits où l’impact est moindre, notamment sur les lignes à haute fréquence ou les lignes qui ont une alternative. Par exemple, les circuits sur le chemin de Chambly comme la 8, 28 et 88.

M. Rivet mentionne par ailleurs que la situation devrait rentrer dans l’ordre vers la fin août, début septembre, soit à temps pour la rentrée scolaire.

«On déploie tous les efforts pour remédier à la situation», soutient-elle.

Autobus électriques

La moitié des trajets du projet pilote des autobus électriques, les midibus, ont été complètement annulés. Ainsi, les trajets du boul. de Rome à Brossard, de Saint-Lambert, ainsi que celui reliant l’hôtel de ville de Longueuil et l’hôpital Pierre-Boucher ont tous été interrompus.

Seuls les trajets du Vieux-Longueuil, de Boucherville et de Saint-Bruno-de-Montarville demeurent en fonction.

L’achalandage est-il au rendez-vous pour ce projet pilote?

«C’est différent d’un circuit à l’autre», indique simplement Mme Rivet, ajoutant que le RTL anticipe tout de même un retour à la normale dans un futur indéterminé.

Tant pour les midibus que pour le circuit habituel, elle invite plus que jamais la population à utiliser l’application Chrono afin de planifier ses déplacements.

«C’est l’outil essentiel au quotidien, mais encore plus dans une situation comme celle que nous vivons.»

 

Chauffeurs intimidés

L’attente d’un autobus qui n’arrive jamais peut causer de grandes frustrations aux usagers. Cette colère est parfois dirigée contre le premier représentant du RTL qu’ils voient, soit le chauffeur.

«On se sent laissés à nous-mêmes. On ne sent pas que la clientèle sait ce qui se passe. Elle est en colère, et là, nous, on devient en colère», affirme un chauffeur.

Au RTL, on affirme que dans une situation où le chauffeur se sent agressé ou intimidé, il doit aviser son supérieur immédiat.

«On invite nos clients à rester courtois et on ne tolère pas la violence verbale ou physique, assure Mme Rivet. Cela dit, on comprend que le bouchon saute de temps en temps, mais on ne peut pas accepter que ça devienne normal.»