Janvier est le mois de la sensibilisation au cancer chez les pompiers. Pour Nicole Jacques, cette cause est intimement liée à son histoire personnelle. En 2018, elle perdait son conjoint, Alain Autotte, pompier au Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil (SSIAL), emporté par une leucémie liée à son travail. Il avait 60 ans.
Pompier passionné et père de trois enfants, Alain Autotte ignorait, comme bien d’autres, les dangers invisibles auxquels il était exposé au quotidien : fumées toxiques, particules fines et substances chimiques libérées lors des incendies. Aujourd’hui, pas moins de 15 cancers sont reconnus comme étant liés à l’exposition sur les lieux d’incendie, mais la recherche continue d’évoluer.
«La contamination ne s’arrête pas lorsque les flammes sont éteintes», rappelle Nicole Jacques. Les particules nocives s’accrochent aux vêtements, à la peau, aux équipements, aux camions, et peuvent même se retrouver jusque dans les maisons des pompiers. D’où l’importance cruciale des protocoles de décontamination.
Malgré le drame, la veuve d’Alain Autotte dit trouver un certain réconfort dans les changements amorcés au sein du Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil. «Une véritable transformation de la culture est en cours», souligne-t-elle, évoquant la mise en place de mesures strictes, de la sortie du bâtiment incendié jusqu’au nettoyage complet en caserne.

Si ces nouvelles pratiques ajoutent de la lourdeur au travail des pompiers, Nicole Jacques insiste sur leur nécessité. «C’est une lourdeur qui sauve des vies», souligne-t-elle.
Son message s’adresse directement aux pompiers : «Vous êtes nos héros, mais vous êtes aussi des humains. Votre santé compte. Vos familles ont besoin de vous.» Elle les invite à faire de la décontamination une fierté professionnelle, pour eux-mêmes et pour leurs proches.
Elle a également une pensée pour ceux qui luttent actuellement contre la maladie. «Alain avait encore plein de choses à accomplir. J’aurais tant aimé qu’il connaisse ses petits-enfants.»
Des pompiers plus sensibilisés
Chef de division Opérations, formation et santé et sécurité au travail au SSIAL, Daniel Deslauriers indique que les pompiers d’aujourd’hui sont nettement plus sensibilisés aux impacts de leur métier sur leur santé. De fait, la mise en place de nouveaux protocoles visant la diminution des risques reliés à la contamination est bien reçue.
M. Deslauriers explique que les nouveaux matériaux synthétiques, les batteries aux ions de lithium par exemple, produisent plus de fumée lors d’incendie et augmentent l’exposition des produits cancérigènes chez les pompiers.
À cet effet, un nouveau masque, le P-100, qui réduit l’inhalation de composés organiques volatils lors du retour en caserne après une opération sera utilisé plus tard cette année.
Des travailleurs plus exposés
Selon Santé Canada, les pompiers présentent un risque d’environ 9 % plus élevé de recevoir un diagnostic de cancer que le reste de la population. Cette surreprésentation s’explique notamment par leur exposition répétée à la fumée et à des substances chimiques toxiques.
Au Québec, le gouvernement reconnaît quinze types de cancer comme maladies occupationnelles chez les pompiers, soit les cancers du rein, de la vessie, de la prostate, de la peau, du larynx et du poumon, ainsi que le mésothéliome, le myélome multiple et le lymphome non hodgkinien. S’y ajoutent le cancer du cerveau, le cancer colorectal, la leucémie, les cancers de l’œsophage et du sein, de même que le cancer testiculaire.
Outre les cancers, le chef de division Opérations souligne qu’on observe également chez les pompiers une recrudescence des troubles de sommeil et des problèmes auditifs.
À ce jour, 8 pompiers retraités du SSIAL ont vu leur cancer être reconnu comme maladie occupationnelle. Un pompier est en attente de l’acceptation de son dossier et un pompier actif est en rémission. Ce dernier, François Desbiens, participe d’ailleurs à une vidéo du SSIAL sur l’importance de la prévention en compagnie de Geneviève Autotte, la fille d’Alain Autotte.

