Julie Virgo a vécu un choc en entrant dans le cimetière de l’église de Saint-Hubert le 14 septembre. Les plaques qui rendaient hommage à des défunts inhumés dans la fosse commune, dont celle de son frère décédé à l’âge de trois ans, avaient été toutes déplacées, certaines abîmées. La fosse était recouverte de terre, de la machinerie avait visiblement passé sur le site.

«Ç’a l’air d’un chantier de guerre! Les plaques ont été pitchées un peu partout. Il y avait des pierres garrochées dans le fossé. Certaines sont cassées. Ils n’ont aucun respect envers les défunts», relate-t-elle avec émotions, au lendemain de sa visite.

Accompagnée de son père, elle s’était rendue au cimetière pour se recueillir auprès de son frère, Derrick, décédé à l’âge de trois ans en 1978. Il aurait eu 50 ans.

À l’époque, sa famille n’avait pas les moyens d’acquérir un lot et une pierre tombale. Le cercueil de Derrick avait donc été enterré dans la fosse commune.

À la demande de sa mère, Mme Virgo avait fait faire une plaque pour commémorer la mémoire de Derrick, il y a quelques années. La plaque a été installée sur la fosse, comme c’est le cas pour d’autres défunts. Au jeune Derrick était assigné le lot 295. Une pierre avec ce numéro se trouvait juste à côté de la plaque, mais elle a aujourd’hui disparu.

Scandalisée par le traitement fait à ces objets de mémoire, Julie Virgo a réussi à glisser la plaque portant le nom de son frère jusqu’à sa voiture. La plaque se trouve maintenant dans la cour arrière de la demeure de son père.

Plaques déplacées (Photo: gracieuseté)
Des plaques ont été brisées. (Photo : gracieuseté)

Besoin d’espace

Président de la fabrique de Saint-Hubert, Robert Hébert indique que personne n’a été enterré dans la fosse commune depuis de nombreuses années.

Les familles qui souhaitaient récupérer un cercueil pour l’enterrer dans un lot, par exemple, devaient se manifester à l’intérieur d’un délai de 25 ans. Toute exhumation nécessite toutefois l’autorisation d’un tribunal. Passée cette période, la fabrique peut user du terrain selon son souhait.

En manque d’espace dans le cimetière pour accueillir de nouveaux défunts, la fabrique a récemment ajouté de la terre sur la fosse – plus basse que le reste du terrain – afin de rediviser cette partie du terrain et la revendre en lots qui recevront des urnes. Des sentiers seront aussi aménagés.

Julie Virgo aurait souhaité que les familles soient avisées de ces changements, afin de récupérer les pierres avant qu’elles ne soient déplacées et, dans certains cas, brisées.

«Ils auraient pu mettre une annonce dans le journal», suggère-t-elle.

Selon M. Hébert, c’était impossible. Les corps dans la fosse commune ont été enterrés sans contrat. Il n’y avait aucun moyen de rejoindre les familles ou de contacter ceux qui avaient installé une plaque.

(Photo: gracieuseté)

«Sans contrat signé, on n’avait personne à contacter. Après 25 ans, on est en droit de reprendre», expose-t-il.

Les plaques commémoratives appartiennent toutefois aux familles. Si certaines souhaitent les récupérer, il est possible de le faire.

La fosse contient environ une centaine de dépouilles.

Acquérir un lot

Toute cette situation heurte Julie Virgo et sa famille. Lors du décès de Derrick en 1978, on avait dit à ses parents que personne ne serait enterré par-dessus les cercueils inhumés dans la fosse.

«Pour mon père, il n’était pas question que des personnes soient enterrées par-dessus son fils», soutient Mme Virgo. Une position qu’il maintient aujourd’hui. «Il ne veut pas perdre la chance d’enfin acquérir le terrain afin que personne ne soit enterré par-dessus», témoigne-t-elle.

Julie Virgo raconte aussi qu’en 2021, sa mère très malade et elle-même avaient contacté la fabrique afin de savoir s’il y avait encore de l’espace dans la fosse.

«Personne n’a fait mention que les lots seraient [éventuellement] à vendre, raconte-t-elle. Avoir su, j’aurais conservé les cendres de ma défunte mère et l’aurait enterrée avec son fils.»

La pierre de Derrick, le petit frère de Julie Virgo (Photo: gracieuseté)