Afin de traiter le plus efficacement possible le cancer de la peau, le dépistage des micromélanomes avant même qu’ils ne soient visibles à l’œil nu peut s’avérer vital. C’est pourquoi un système mis au point par une équipe de recherche dirigée par le professeur Jinyang Liang, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Varennes, propose une avancée scientifique des plus prometteuses.

L’idée du professeur Jinyang Liang a demandé plus de six années de recherches. (Photo : gracieuseté)

«Nous avons inventé une nouvelle technologie pour la détection précoce du mélanome, qui est la forme de cancer de la peau la plus mortelle. Ici au Canada, son incidence augmente et la détection précoce est très importante», explique le professeur Jinyang Liang, qui est spécialisé en imagerie ultrarapide et en biophotonique.

Précisons à ce sujet que le mélanome est le septième type de cancer le plus fréquemment diagnostiqué au Canada et près de 85% des cas sont liés à l’exposition aux rayons ultraviolets (UV). Selon le Registre canadien du cancer, le taux d’incidence du mélanome a plus que triplé au cours des 30 dernières années et environ 1 personne sur 22 est touchée au cours de sa vie.

L’équipe de recherche a réussi avec cette technologie à détecter des micromélanomes de seulement quatre jours. (Photo : gracieuseté)

Une équipe de recherche que dirige M. Liang avec l’apport de chercheurs de l’Université de Montréal, propose donc une solution très encourageante. «Les cellules cancéreuses consomment beaucoup d’oxygène et de nutriments. Elles dégagent plus de chaleur, donc on peut utiliser la température comme biomarqueur pour détecter les températures anormales», ajoute le scientifique en soulignant que leur système transforme de subtiles variations thermiques en un signal hautement sensible et mesurable. 

Un thermomètre microscopique

Il précise que les approches diagnostiques actuelles reposent principalement sur l’examen visuel, qui sont parfois suivies de biopsies, c’est-à-dire des interventions invasives et réalisées quelquefois inutilement. 

Leur nouveau système SMEAR‑ULM permet quant à lui de détecter de subtiles variations thermiques. L’équipe de recherche a réussi avec cette technologie à détecter des micromélanomes de seulement quatre jours, soit un stade où ils sont généralement beaucoup trop petits pour être repérés par les techniques d’imagerie classiques. 

Le professeur Liang souligne que le système repose sur un dispositif de microaiguilles indolores qui déposent des nanoparticules spécialisées juste sous la surface de la peau, formant un «tatouage intelligent» temporaire qui agit comme un thermomètre microscopique de détection. 

Les résultats de leurs travaux, effectués avec succès chez la souris, ont été publiés dans la revue Nature Sensors.

Six années de recherches

L’idée du professeur Liang a demandé plus de six années de recherches, et le système actuel présente un fort potentiel. «Les essais sur les humains, ce sera la prochaine étape […] J’espère qu’on pourra commencer cette étape-là l’année prochaine.»

La possibilité de pouvoir compter sur le nouveau système SMEAR‑ULM dans le système de santé dans un prochain avenir est «le but final», mais le professeur sait qu’il y a plusieurs étapes encore à franchir. «Nous avons besoin d’améliorer encore les niveaux de maturité technologiques», souligne-t-il, en espérant pouvoir utiliser dès que possible cette technologie «pour contribuer à la santé des Québécois et des Canadiens».

Il ne faut pas non plus perdre de vue qu’une fois que ce système sera perfectionné, il pourrait éventuellement avoir des applications qui iraient au-delà du cancer de la peau, en étant adapté à d’autres paramètres physiologiques, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles applications en imagerie biomédicale et en matière de diagnostic.