Lorsque sa fournaise au mazout a atteint sa fin de vie utile, Vincent Roy s’est laissé séduire par une énergie autrement plus verte : la géothermie. Une alternative encore peu connue au Québec, alors qu’à peine 1000 bâtiments par année opèrent cette transition. Pour Énergir, qui a lancé la filiale Solution géothermie il y a moins d’un an, les citoyens comme M. Roy font office de précurseurs.
Depuis avril, la maison de Saint-Lambert est chauffée et climatisée entièrement par géothermie.
Il s’agit d’un système qui utilise l’énergie dans le sol, où la température est stable à environ 10 degrés, pour chauffer ou climatiser la demeure. Un circuit souterrain est creusé à une centaine de mètres, où est installé un tuyau en forme de U. Le fluide dans le tuyau sert à transférer la chaleur, selon les besoins. Une thermopompe géothermique est aménagée à l’intérieur et un réseau de distribution d’air ou d’eau effectue le transfert de chaleur.
«J’ai pas encore la pleine expérience, on n’a pas passé à travers la profondeur de l’hiver, mais ce que j’aime beaucoup, c’est que ça fait moins de bruit, témoigne d’emblée Vincent Roy. Même si le compresseur est à l’intérieur, c’est extrêmement silencieux. C’est surprenant! Je ne l’entends nulle part dans la maison. Le petit compresseur du cellier est beaucoup plus bruyant que ça!»
De la biénergie à la géothermie
Auparavant, la maison de M. Roy était alimentée en biénergie, soit avec l’électricité et le mazout.
Entre autres désavantages du mazout, il nomme l’«immense» réservoir de 1000 litres, le bruit, les enjeux liés au brûleur… «Une semaine avant que je le désinstalle, j’ai eu un backdraft [refoulement d’air] dans la cheminée. Ça sentait le mazout à la grandeur de la maison. Je me suis dit : ok, il est temps que ça finisse.»
Quand la fournaise a pratiquement rendu l’âme, et qu’il a su qu’il n’aurait pu réparer des pièces si elles avaient brisées, il n’était pas question d’y investir un dollar de plus.
«J’ai commencé à regarder : si j’installe une thermopompe conventionnelle, qui nécessite quand même un système central, il fallait une thermopompe extérieure, que je mette de l’électricité… Une thermopompe performante, de qualité, c’est 15 000$ ou 20 000$.»
Après avoir lu un article sur le lancement d’Énergir Solution géothermie, il a contacté l’entreprise. Le citoyen a réalisé une entrevue téléphonique d’une dizaine de minutes, puis un technicien est passé pour évaluer la faisabilité du projet. Le processus permet d’évaluer les besoins de chaque client.
M. Roy a opté pour l’ajout d’un deuxième réservoir. «Ilsert à amener l’eau robinet vers 45 degrés. Il se sert de la thermopompe du système, de la chaleur amenée à partir de la terre, pour préchauffer l’eau», explique-t-il.
«On est une famille de cinq, avec les trois filles. Elles sont jeunes encore, mais je prévois un jour qu’elles prennent des douches d’une heure!, dit le jeune papa, le sourire en coin. J’aurai un gain là, un jour.»
«Ton terrain! »
Vincent Roy l’admet : l’installation d’un système de géothermie se traduit par un important chantier. «Je pense que toutes les fois où je dis que j’ai fait installer ça, c’est la question qui revenait tout le temps : » Mais ton terrain! Ton terrassement! »»
Il avoue avoir été impressionné par l’ampleur de la machinerie nécessaire, mais relativise néanmoins ses impacts. «À la fin de la journée, le trois-quarts, c’est juste du gazon écrasé. Deux semaines après, tu ne t’en rends plus compte.»
Deux puits d’une profondeur d’une centaine de mètres ont été forés. Des trous de petits diamètres, complètement invisibles aujourd’hui. Les travaux pour installer les deux tuyaux dans lesquels circulent le liquide permettant les échanges de chaleur ont toutefois été plus invasifs. «Ça suit le côté de la maison et en avant. Ç’a fait une espèce de [corridor] de quatre pieds de large. Mais ça m’a pris un après-midi à régler : un râteau, 20 poches de terre noire, une poche de graines à gazon», résume-t-il.
Demain l’hiver
Vincent Roy a eu droit à une subvention de 36 000$ du programme LogisVert d’Hydro-Québec, qui vise à encourager l’adoption de mesures d’efficacité énergétique. Il a dû quand même débourser 25 000$ de sa poche en plus. Un montant considérable, mais le jeu en vaut la chandelle, croit le Lambertois.
À cette heure, il lui est difficile toutefois d’établir un comparatif entre les coûts de consommation de la géothermie à ceux de la biénergie dont sa maison était dotée.
«En termes de kilowattheure (kWh), j’ai sauvé à peu près 100 $ par mois, en 5 mois, comparativement à ma consommation de l’année dernière, établit-il. Ce qui est plus compliqué, c’est que je n’avais pas le même tarif. Mais… c’était plus cher l’hiver.»
«Le biénergie vient avec un tarif spécifique, un peu en bas de 5 sous le kWh presque tout le temps, sauf quand il fait extrêmement froid, poursuit-il. Là, ça monte presque à 30 sous. Un hiver comme l’année dernière, ce n’était vraiment pas le fun, compare-t-il. Tu es sensible aux fluctuations des températures, et du coût du mazout. Il est rendu à 2,40$, une vraie fortune en ce moment.»
L’avantage majeur de la géothermie, note M. Roy, c’est qu’elle offre la même efficacité en tout temps.
Il ajoute les économies réalisées par l’élimination de certains frais liés au recours au mazout, comme l’entretien annuel de la thermopompe (environ 350$) et des assurances plus élevées en raison du risque de fuite de gaz (environ 400$)
«Si je prends ce que j’ai dépensé en mazout, en électricité, plus ces coûts connexes, j’étais à 4200$. J’ai hâte de connaître mon coût cette année. C’est la question que je me pose.»
L’hiver le dira.

