La Ville de Longueuil implantera une tarification sur l’eau pour certains commerces et industries. Seuls les plus grands consommateurs, soit 20% des quelque 2300 industries et commerces du territoire, seront visés. Les revenus qui en découleront, estimés à 2,5 M$ par an dès 2029, seront investis dans la réfection des infrastructures en production et distribution d’eau potable.

La mesure se veut un moyen de faire payer les industries et commerces en fonction de leur consommation réelle. «On se dirige plus vers une approche d’utilisateur-payeur, pour que les grands consommateurs d’eau puissent prendre leur juste part. Avec les infrastructures municipales, on demande une contribution de plus en plus élevée à tout le monde. Je pense que ceux qui utilisent une consommation d’eau très importante devraient payer davantage», relève la mairesse Catherine Fournier en entrevue.

La Ville cible les commerces et industries dont la consommation excède ce que couvre la partie de leur compte de taxes dédiée à l’eau. Ainsi, un tarif par mètres cubes sera imposé pour tout volume d’eau dépassant les mètres cubes alloués par leur compte de taxes.

Comme l’oblige le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, les commerces et industries sont déjà munis de compteurs d’eau, permettant à la Ville d’effectuer des estimations. «On a les relevés, donc on sait qui sera touché», précise Mme Fournier.

L’administration municipale estime que 20% des commerces et industries – environ 430 propriétés – seront affectés par la tarification. Son montant de référence sera établi à 0,8658$ par mètres cubes (référence de 2025), indexé chaque année.

Des villes comme Montréal, Gatineau et Laval appliquent déjà une telle mesure.

Entrée en vigueur graduelle

La tarification sera mise en place graduellement. Tous les commerces et industries recevront cet automne une lettre détaillant les modalités de cette tarification qui sera intégrée au budget 2027.

Au printemps, ils recevront une facture symbolique, donnant le montant qu’ils auraient payé si la tarification était appliquée. En 2028, ils paieront 50% de la tarification, avant une application complète en 2029.

«On ne veut pas l’imposer tout de suite, parce qu’il y a très peu de temps pour s’adapter. On ne trouverait pas ça raisonnable et équitable dans ce contexte», explique Mme Fournier.

Selon l’évaluation de la Ville, la tarification, une fois pleinement en vigueur, devrait rapporter 2,5 M$ par an, si la consommation d’eau des commerces et industries demeure tel quel. «C’est de l’argent qui sera investi directement pour nos infrastructures en eau, pour leur mise à niveau et réfection», confirme la mairesse.

Les besoins en la matière sont énormes. À l’échelle de l’agglomération de Longueuil, les investissements sont évalués à au moins 3 G$ au cours des 10 prochaines années.

Objectif : réduction

Bien qu’un revenu supplémentaire soit le bienvenu dans les coffres de la Ville, la tarification se veut un incitatif pour diminuer la consommation d’eau chez les commerces et industries.

La diminution de la consommation et du gaspillage au sein des municipalités est d’ailleurs l’une des visées de la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable, rappelle Mme Fournier.

«On est rendu là, croit la mairesse. C’est aussi une question de conscientisation. Au Québec, on a cette mauvaise tendance à tenir cette ressource pour acquis. On a l’impression que c’est infini, qu’on peut y avoir accès sans problème. Il n’en demeure pas moins qu’on doit être responsable avec son utilisation.»

On ne touche pas au résidentiel

Cette nouvelle mesure ne constitue pas une étape de plus vers une éventuelle tarification aux immeubles résidentiels, assure la mairesse. L’installation de compteurs d’eau, ou même une taxe d’eau (comme l’on voit par exemple à Montréal) ne sont envisagés «ni à court ou moyen terme».

 «Je pense que ce seront des réflexions de société. Ça va dépasser la ville de Longueuil, à savoir si on veut avoir un incitatif à la réduction, mentionne-t-elle. Est-ce qu’un jour, on en sera là?, questionne-t-elle. On n’y est clairement pas arrivés aujourd’hui.»

Le financement de la réfection des infrastructures demeure néanmoins au cœur des préoccupations et réflexions de la Ville, ce qui explique cette nouvelle tarification comme piste de solutions.

«J’ai entrepris déjà un dialogue avec des grands consommateurs d’eau sur le territoire. Tout le monde comprend, avance Catherine Fournier. Évidemment, ce sera de la planification financière de leur part, voire des investissements pour changer les méthodes. Ça permettra d’atteindre nos objectifs de réduction de la consommation et d’obtenir une plus grande justice fiscale.»