Des analyses de l’organisme Vigilance OGM ont détecté dans l’eau de villes dont Longueuil des résidus d’un pesticide considéré risqué pour la santé par Québec, et ce, dans une concentration dépassant le seuil établi par l’Union européenne. La Ville de Longueuil assure que toutes les exigences réglementaires applicables sont respectées et a demandé un avis technique afin d’obtenir «un éclairage scientifique indépendant».
Vigilance OGM a réalisé en juin des analyses de l’eau de 31 villes du Québec. Dans 11 villes, dont Longueuil et Châteauguay, la présence de métolachlore-ESA, un produit issu d’un pesticide utilisé massivement pour lutter contre les mauvaises herbes dans les cultures de maïs et de soya, dépasse le seuil établi par l’Union européenne, plus sévère que les normes québécoises.
Le seuil européen est de 0,1 microgramme par litre (µg/L) pour un pesticide. Dans un article de Radio-Canada faisant état de ces données, on explique que le Canada ne compte aucune norme pour le métolachlore-ESA. Toutefois, il existe une norme de 35 µg/L pour le métolachlore, molécule dont provient cette substance. Au Canada, les seuils sont établis selon une évaluation toxicologique de chaque pesticide, alors que l’Europe adopte une approche de prévention.
À Longueuil, la concentration de métolachlore-ESA est de 0,147 µg/L. À Châteauguay, elle se chiffre à 0,13 µg/L. Les analyses ont aussi relevé de nombreux pesticides dans l’eau de certaines villes, dont Longueuil.
À Radio-Canada, la professeure en santé environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique, Maryse Bouchard, estime que ce nombre élevé de pesticides constitue un enjeu de santé publique.
Santé Canada effectue en ce moment une réévaluation du métolachlore et pourrait mettre à jour ses valeurs de référence, toujours selon la société d’État.
« Aucun dépassement »
Appelée à réagir, la Ville de Longueuil indique avoir pris connaissance de l’étude et a demandé un avis technique au professeur Benoit Barbeau, cotitulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal, à propos de la présence de pesticides dans l’eau et les enjeux associés à leur détection et à leur traitement.
Elle souhaite ainsi mieux documenter la situation et obtenir un «éclairage scientifique indépendant».
De plus, Longueuil insiste sur le fait que l’étude de Vigilance OGM fait référence à des seuils européens, «qui reposent sur un cadre réglementaire différent de celui en vigueur au Québec et au Canada», relève-t-elle.
Elle rappelle que les activités de production et de distribution de l’eau potable sont encadrées par le Règlement sur la qualité de l’eau potable (RQEP) du Québec. Elle confirme que toutes les exigences réglementaires sont respectées.
Parmi les programmes de surveillance du RQEP, divers paramètres de qualité de l’eau sont analysés, incluant certains pesticides, rappelle la Ville. Les analyses concernant les pesticides sont effectuées à une fréquence de quatre fois par année.
«Les résultats obtenus dans le cadre de ce programme de suivi ne démontrent aucun dépassement des normes applicables à l’eau potable distribuée sur le territoire de l’agglomération de Longueuil», assure la Ville.
Les produits transformés du S-métolachlore ne figurent toutefois pas à la liste des pesticides qui doivent être analysés par les villes.
La Ville de Longueuil dit reconnaître «l’importance de poursuivre les réflexions entourant la présence de résidus de pesticides dans l’environnement».
Elle fait valoir que l’enjeu ne peut être abordé uniquement sous l’angle du traitement de l’eau potable. «Une réduction durable de leur présence dans l’eau passe donc avant tout par des actions à la source et par un engagement coordonné des différents paliers de gouvernement, des organismes de réglementation et des secteurs concernés», affirme-t-elle. Les résultats des analyses de la qualité de l’eau potable sont publiés sur le site web de la Ville.

