Dans un roman de fiction intégrant la philosophie, le jeune auteur longueuillois Emmanuel Uyanze pose la question Tu contemples ou tu rêves?. Il y répond, mais invite surtout le lecteur à la réflexion.
«Je voulais comprendre ce qui nous pousse à agir, lance-t-il, pour expliquer l’impulsion derrière ce projet d’écriture. Comment ceux qui réussissent, réussissent? En ayant un rêve, un objectif? Ou à l’inverse, en ne se mettant pas de barrière?» Et l’ambition de réaliser un propre rêve peut-elle s’accomplir au détriment des aspirations des autres?
La première de couverture, qu’il a conçue, illustre ce dilemme de prendre le risque (ou non) de saisir la corde du ballon. L’ouvrage traite de la question des choix individuels et de leurs répercussions morales.
Les deux premiers chapitres racontent l’histoire de deux frères devenus ennemis dont les visions du monde sont opposées. L’un est identifié pour le rêveur, l’autre le contempleur. L’un est l’apprenti, l’autre, le forgeron. Le deuxième chapitre prend la forme d’une lettre où l’un des frères explique à l’autre ses agissements.
«C’est une histoire de trahison et de pouvoir», résume le jeune artiste.
Les deux chapitres suivants montrent plutôt une jeune orpheline dont la mère a été assassinée. Cette dernière côtoyait des personnes liées à un trafic d’organes. L’orpheline voudra venger sa mère, «mais pas de la manière dont les gens l’entendent », signifie Emmanuel, dans un souci de préserver du mystère.
À la fin, le lecteur se retrouve confronté à déterminer s’il adopte davantage la posture du rêveur ou celle du contempleur.
Contexte dur
Emmaunel est né à Kinshasa, en République démocratique du Congo, en pleine Deuxième guerre du Congo. Après le renversement de Joseph-Désiré Mobutu, le nouveau chef d’État Laurent-Désiré Kabila, a décidé d’expulser les étrangers du pays et de dissoudre les unités tutsies au sein de l’armée de la RDC. La rébellion des soldats tutsis a été déclenchée le 2 août 1998. La population a vécu la violence, le pillage, les viols, les meurtres.
Si le roman d’Emmanuel n’est nullement autobiographie, des parcelles de ce contexte se retrouvent dans le livre. Il donne en exemple le nom d’Odnokim, soit Mikondo à l’envers.
Il s’agit du nom du quartier où il a habité, où «tout s’y passe à l’envers, rien n’est normal dans cet univers». Cette «anormalité», ce sont les pillages, massacre et lutte du peuple et des rebelles.
Y ayant vécu qu’à l’âge de huit ans – il est arrivé au Canada en 2011 –, il conserve inévitablement des souvenirs et traumatismes. «Je ne veux pas pleurer sur mon sort, avance-t-il, je veux conscientiser les gens de ma génération et ceux qui suivront.»
Virgule déplacée
Dans le chapitre 2, Emmanuel Uyanze a élaboré le concept de la «virgule déplacée».
Le texte peut être lu, certes de haut en bas, mais aussi de bas en haut, et en lecture croisée. «Je voulais faire une lecture totale, multidirectionnelle», résume l’auteur.
Ainsi, un même passage prendra un sens différent, selon la position de la virgule. «Un conseil peut soudainement se transformer en un ordre, une prédiction et bien d’autres interprétations, tout simplement parce que l’ordre des mots a été changé grâce à la virgule», relève-t-il.
On imagine l’écriture de ce chapitre forcément fastidieuse… «Oui, mais c’était un pur plaisir!» lance le Longueuillois.
Et un film
Celui qui a étudié en Arts, lettres et communications au Cégep de Maisonneuve est actuellement dans une année sabbatique, en plein tournage d’un court métrage.
Une triste histoire s’étant produite l’an dernier où un individu a volé une voiture qui avait deux enfants à son bord l’a inspiré pour une fiction. «Ça m’a beaucoup chamboulé, et je me suis demandé à quel dilemme il faisait face pour commettre ça.»
Ce film constitue une version plus étoffée d’un projet d’étude qui avait fait l’objet d’excellents commentaires de son entourage.
Une fois prêt, le film sera diffusé sur sa chaîne YouTube.

