Un antidote à la morosité qui teinte le climat migratoire actuel. Voilà l’image qu’emploie Rodolphe Gagnon pour décrire le travail quotidien de la Maison internationale de la Rive-Sud, organisme de Brossard où il est chargé de projet. Antidote par ses activités, son soutien aux nouveaux arrivants et par les rencontres qu’elle provoque.
La fin du Programme d’expérience québécoise (PEQ) pourrait bien faire partie de cette «morosité» évoquée.
«Aider une personne à la fois, c’est ça ma job, signifie M. Gagnon. De toute façon, on change peu à ça. On subit plus qu’autre chose. En réalité, l’attention va plus sur ce qu’on fait au quotidien.»
À la MIRS, la fin du PEQ se fait ressentir chez des bénéficiaires, mais aussi chez des employés. «ll y a beaucoup de stress et d’inquiétude, observe Mame Moussa Sy, le directeur général. On va en parler aux députés provinciaux, qui ne peuvent rien faire. À ce stade, c’est juste d’écouter les gens et d’essayer de les rassurer du mieux qu’on peut.»
Appelé à se prononcer sur cette décision politique, il estime que «tout le Québec a la même opinion».
«On est allé chercher ces gens-là. C’est simplement de respecter ce que tu as dit. C’est très déstabilisant pour les gens qui attendent. Même les demandeurs d’asile, ils sont là, on a ouvert les portes. Il y a des emplois que nous, qui sommes dans cette pièce, on ne veut plus faire, enchaîne-t-il, en parlant de la journaliste et des employés de la MIRS participant à l’entrevue. Ce n’est pas normal que les Tim Horton ferment durant quatre, cinq heures dans une journée. Ce sont des lieux de socialisation pour ces personnes. Quand un Tim Horton ferme, des gens vont être encore plus isolés.»
Logements
À la Maison internationale de la Rive-Sud, le soutien à l’intégration se déploie sous de nombreuses facettes.
«Ce sont des gens qui traversent des parcours vraiment difficiles. Il y a entre autres des réfugiés publics, des demandeurs d’asile. Ça peut être des histoires plus difficiles à divulguer. Mais la personne devant eux, qui reçoit l’histoire, crée vraiment des liens de confiance profonds», avance Victoria Auguste, chargée de projets, partenariats et innovation.
Depuis l’automne, un immeuble de sept chambres est à la disposition de ceux qui viennent de mettre les pieds au pays et qui n’ont nulle part où aller.
La MIRS œuvre à rendre disponibles deux autres projets immobiliers : un de 30 logements sur le chemin de Chambly, puis un autre près du palais de justice de Longueuil.
«Ça ne change peut-être pas le monde, mais c’est une contribution qu’on essaie de faire pour trouver des solutions», dit avec humilité Mame Moussa Sy.
Outre ces toits, la MIRS accompagne les réfugiés dans le quotidien, en les aidant par exemple lors de leur première épicerie.
«Quand on est né dans une zone de guerre, qu’on a grandi dans un camp, déjà, on doit s’habituer à la composition du logement, signifie le directeur. Ce qui s’y trouve, on n’a jamais vu ces affaires-là. Savoir comment gérer ça, pour des questions de prévention, santé, sécurité, etc.»
Pas d’échec
Inscrire les enfants à l’école puis un parent à un cours de francisation, faciliter l’accès au système de santé, obtenir les permis nécessaires et la paperasse administrative, etc., la MIRS les aide dans toutes ces démarches.
Elle adopte une approche «très holistique», résume Mme Auguste. Aux conseillers d’intégration s’ajoutent les intervenants communautaires interculturels, qui offrent des services ciblés aux jeunes, aux femmes, aux aînés.
On compte notamment le service de jumelage interculturel. «Le programme consiste à jumeler des familles ou des personnes seules du Québec ou qui sont ici depuis longtemps avec des nouveaux arrivants, pour faciliter l’intégration», explique Rodolphe Gagnon, qui en est le responsable.
Il s’agit de les aider à «prendre leur place au Québec de la meilleure des façons. Donc, il y a vraiment un continuum de services», renchérit M. Moussa Sy. Et ce soutien s’échelonne dans le temps.
«Après, il y a toujours des échecs. Mais ce ne sont même pas des échecs, se ravise-t-il. Parfois, il y en a pour qui le processus d’intégration, c’est 3 ans, d’autres 15 ans. Ça dépend d’où on vient. Les réfugiés syriens qu’on avait reçus, qui venaient de régions éloignées, n’étaient même pas alphabétisés en arabe, la plupart. Et là, on va leur apprendre le français? Beaucoup avaient abandonné, puis sont revenus après sept ou huit ans apprendre le français.»
Tour guidé
La MIRS travaille en partenariat avec diverses instances sur le terrain, telles que des banques alimentaires, des CLSC et le Réseau de transport de l’agglomération de Longueuil (RTL).
L’an dernier, des trajets de découverte en autobus ont proposé un «tour guidé» à de nouveaux arrivants.
«Ça partait de l’hôtel de ville de Longueuil. Après, on allait voir un CLSC, puis une bibliothèque, et un autre organisme communautaire…, illustre Rodolphe Gagnon. À chaque endroit, une personne expliquait les services offerts. Ça permettait aux usagers de se familiariser avec les lieux importants, et de savoir comment utiliser l’autobus.»
Éviter le 2e signalement
La MIRS est aussi appelée à collaborer avec la DPJ, dans ce que M. Gagnon appelle une «traduction interculturelle des problématiques».
Il donne l’exemple d’un signalement d’une école parce qu’un enfant mange continuellement du riz. En expliquant que cette habitude fait partie de sa culture, on aide à la compréhension.
Un enfant ayant déjà un dossier ouvert à la DPJ peut se faire accompagner lors des audiences par quelqu’un qui veillera à cette interprétation interculturelle.
«Quand il y a des cas de violence avérés, il y a des ateliers aux familles, indique Mame Moussa Sy. L’idée, c’est qu’il n’y ait pas de deuxième signalement. Ça enlève du travail à la DPJ, qui est débordée. Quand on fait de la co-intervention, ça vient les soulager.»
La MIRS agit aussi en prévention, notamment auprès de réfugiés publics. «C’est d’anticiper le signalement, en faisant de la sensibilisation, en expliquant comment bien se comporter avec leurs enfants ici, comment ça se passe l’éducation. Et un ensemble d’ateliers comme «Espaces parents» soutiennent les parents dans leurs compétences parentales.»
Et à ce travail auprès de la communauté immigrante s’ajoutent les actions en développement social, où la MIRS s’investit dans la communauté.
«On fait beaucoup de concertation, on s’implique dans les comités locaux, avance Victoria Auguste. Notre but, c’est d’aider aussi la communauté locale elle-même à devenir plus inclusive.»

