Carmen Salem accueille tous les ans dans sa garderie des enfants venant de partout dans le monde. Mais cette année, elle a remarqué une diaspora particulièrement diversifiée : à l’occasion d’une activité thématique, elle a recensé chacune des nationalités dans son enceinte et en a compté 43. Cela vient certes avec des défis, mais aussi avec le devoir d’aider ces petits – et leurs parents – à s’intégrer à la société québécoise.

Les enfants de la garderie Rubis Magic, dans l’arr. de Saint-Hubert à Longueuil, s’étaient vêtus aux couleurs de leur pays d’origine le 17 avril. Les éducatrices également. Un petit défilé a été organisé et chacun s’affichait fièrement dans ses couleurs.

Une exposition recensait drapeaux et autres objets représentant les pays d’origine des enfants.

«Chaque jour cette semaine, les enfants voulaient voir les items que leurs parents ont trouvés de leur pays», souligne avec joie Mme Salem.

Cette activité, sous le thème «Les enfants autour du monde», a permis à Mme Salem de se rendre compte à quel point sa garderie était multiculturelle.

«Je savais que j’avais peut-être une vingtaine de pays d’origine. On a découvert qu’on en avait 43 !» exprime-t-elle.


Les éducatrices et les enfants ont pris du plaisir à s’habiller spécialement pour l’occasion. Tout autour d’eux, une salle avait été transformée en exposition avec drapeaux et objets provenant de partout dans le monde. (Photo : Le Courrier du Sud – Michel Hersir)

De 10% à 90% à intégrer

Dans le milieu depuis 1997 et ayant ouvert Rubis Magic en 2015, la propriétaire a remarqué un grand changement au fil des années dans l’origine des enfants qu’elle accueille. 

«Ç’a complètement changé! Avant, on pouvait avoir même pas 10% de notre clientèle qui était issue de familles immigrantes et maintenant, c’est le contraire», souligne-t-elle.

Pour celle qui est elle-même arrivée du Liban à la fin des années 90, intégrer les enfants à leur nouveau pays est la façon, à elle et son équipe, de redonner à la société québécoise, même si cela vient avec des défis supplémentaires.

«Notre approche a toujours été la même, mais c’est sûr que le travail a doublé, a triplé, parce que quand vous voulez intégrer 10% des petits, ce n’est pas comme intégrer 90% des enfants», mentionne-t-elle.

« Le travail ne se limite pas à l’enfant »

Mme Salem note que son groupe d’éducatrices est lui aussi très diversifié – elles parlent entre autres français, mandarin, espagnol, arabe – et permet ainsi une communication plus facile avec les enfants, mais aussi avec les parents, dont plusieurs ne parlent que leur langue maternelle.

Le parent est d’ailleurs partie prenante de la mission d’éducation de l’établissement.

«Je peux vous dire, le travail ne se limite pas aux enfants. Il y a des parents qui arrivent ici et ne savent pas comment ça fonctionne. Alors, on les redirige à la Maison internationale, on leur dit où s’adresser pour la francisation, pour faire des équivalences. Et comment habiller leurs enfants pour l’hiver du Québec!» indique Mme Salem. 

Les enfants, eux, sont graduellement mis en confiance. Les éducatrices commencent parfois par des gestes pour ensuite, petit à petit, bâtir leur langage. «Les enfants qui graduent chez nous cette année vont chanter une chanson dans six langues. C’est incroyable comment les enfants peuvent apprendre!» assure la gestionnaire de garderie.

Et le 17 avril, lorsqu’ils sont arrivés à la garderie, tous avaient hâte de montrer aux éducatrices comment ils étaient habillés. Et ce, même si certains d’entre eux se considèrent déjà citoyens de leur société d’accueil.

«Certains enfants, on leur a dit par exemple : ah, tu viens du Maroc? Et la réponse : non, je suis Canadien, Québécois, Carmen ! Je pense qu’on a atteint notre objectif», dit fièrement Mme Salem.  


Moins d’enfants cette année

Rubis Magic est une garderie privée non subventionnée. Lorsqu’on lui a demandé si elle vivait elle aussi un problème de départ vers des garderies subventionnée, Mme Salem a indiqué que oui. Elle n’a d’ailleurs pas réussi à combler ses places cette année, un problème qu’elle n’a jamais vécu auparavant.

«C’est un grand problème, surtout pour les parents qui viennent d’arriver et qui n’ont pas commencé à travailler et qui veulent travailler. Ils n’ont pas le droit au retour anticipé, alors ils doivent payer le plein frais, alors ça les décourage à aller trouver un travail», déplore-t-elle.