Pourquoi se priverait-on du contact avec des gens plus âgés ou plus jeunes? se questionne David-Martin Milot, directeur de santé publique de Montérégie. Les bienfaits ont été démontrés que les liens intergénérationnels permettent de contrer l’isolement et briser l’âgisme. Dans une région où la population est vieillissante, la Montérégie a tout à gagner à vieillir ensemble, dit-il.
«On se retrouve dans un concept concret et véridique, a laissé savoir Dr Milot lors d’une conférence. On essaie de mesurer le lien social pour les besoins d’agir. On veut transformer la norme sociale, mais on sait que ça peut être long. Notre volonté et que la santé publique de la Montérégie s’engage à stimuler l’intergénérationnel. Pour que ça devienne un réflexe.»
Le rapport présenté mardi sur les regards et pistes pour mieux vieillir ensemble se veut un appel à l’action. Dans le contexte où la Montérégie est la deuxième région la plus populeuse du Québec, avec plus de 1,5 million d’habitants, dont 319 000 personnes âgées de 65 ans et plus.
Dr Milot affirme que les recherches permettent de mieux comprendre l’importance du lien social en santé publique. L’âgisme est une forme de discrimination qui est peut-être la plus répandue. Avec la solitude et l’isolement social, il s’agit de trois réalités qui provoquent des conséquences importantes sur la santé et le bien-être.
Selon une méta-analyse de recherches en Amérique du Nord et dans les pays scandinaves, les effets d’un manque de lien social auraient un impact néfaste comparable au fait de fumer 15 cigarettes par jour.
Conséquences importantes sur la santé et le bien-être de la solitude, de l’isolement et de l’âgisme
- Décès prématuré et diminution de l’espérance de vie
- Augmentation du risque de maladies cardiovasculaires
- Détérioration de la santé mentale (dépression, anxiété, détresse psychologique)
- Accélération du déclin cognitif
- Diminution de la qualité de vie
- Diminution de la participation sociale

Saisir les occasions
Selon l’Enquête sociale canadienne – Adaptation de l’Institut de statistique du Québec, réalisée en 2022, 18% des 15 à 29 ans et 17% des 65 ans et plus vivent toujours ou souvent un sentiment de solitude.
C’est pour cette raison que le directeur de la Santé publique de Montérégie mentionne qu’il faut saisir toutes les occasions de partages. À titre d’exemple, il a parlé d’un jardin pédagogique intergénérationnel.
»Ce qui fait la magie, c’est de créer l’opportunité de rencontre, a-t-il évoqué. Le jardin se trouvait derrière une église, lieu fréquenté par des personnes plus âgés, et une école. Donc, physiquement et socialement, il devient une interface d’échanges. Un lieu de rencontre, d’entraide et d’échange de savoir.»
Une résidence a aussi développé un atelier de motricité fine avec de la pâte à modeler. Une activité qui paraissait infantilisante au départ. Mais lorsque des enfants ont été impliqués, la perception du l’atelier avait changé aux yeux de la génération plus âgée. Ils ont pu se valoriser et susciter un sentiment de fierté en enseignant aux jeunes.
La plateforme Résot’âges sur le site Intergénérations Québec permet de recenser les activités multi-générations et de s’inspirer pour en développer dans son milieu.
Bienfaits de la participation sociale pour tous
- Amélioration de l’estime de soi
- Valorisation des connaissances de chacun
- Influence sur le sentiment d’appartenance
- Lutte contre la solitude et l’isolement social
- Diminution de l’âgisme
- Renforcement de la résilience des communautés
Les défis
Si la santé publique se veut le stimulateur intergénérationnel, il a besoin d’acteurs sur le terrain. Ils peuvent être de différentes natures, à savoir municipaux, communautaires, sportifs ou éducatifs.
Dans une vaste région comme la Montérégie, des milieux urbains cohabitent avec d’autres ruraux, souvent plus isolés. «La distance physique par rapport aux services rajoute à la complexité, convient Dr. Milot. La table de travail a permis de trouver de partager des solutions aux embûches ou des bons points. Comme des plus petites localités qui ont développé des ressources de transport ou d’autres façons de rester connecté.»
Un autre enjeu réside dans l’essoufflement des organismes communautaires qui l’ont démontré avec le mouvement «à boutte». Le phénomène de surcharge est présent dans ces groupes qui représentent le tissu social à même le quotidien pour plusieurs.

